Maria Valtorta L'Évangile tel qu'il m'a été révélé

EMV 53 · Tome 2

Les marchands chassés du Temple.

Mercredi 7 avril 27 · Jérusalem

Évangile : Jean 2,13-21


Illustration —

53.1 — L'activité commerciale dans le Temple.

Je vois Jésus entrer dans l’enceinte du Temple avec Pierre, André, Jean et Jacques, Philippe et Barthélemy.

Il y a une très grande foule à l’intérieur et à l’extérieur, des pèlerins qui arrivent par bandes de tous les coins de la ville1. Du haut de la colline sur laquelle le Temple est construit, on voit les rues de la ville, étroites et sinueuses, qui fourmillent de passants. On dirait qu’un ruban mouvant de mille couleurs s’est déroulé entre le blanc cru des maisons. Oui, la cité a l’aspect d’un jouet bizarre fait de rubans multicolores entre deux alignements de maisons blanches, et tous convergent vers le point où resplendissent les dômes2 de la Maison du Seigneur.

Mais à l’intérieur, c’est une vraie foire3. Plus aucun recueillement dans le lieu saint. On court, on appelle, on achète des agneaux, on crie et on maudit à cause du prix exagéré, on pousse les pauvres bêtes bêlantes dans des parcs – ce sont de rudimentaires enclos délimités par des cordes et des pieux, aux entrées desquelles se tient le marchand ou éventuellement le propriétaire qui attend des acheteurs –. Coups de bâtons, bêlements, jurons, appels, insultes contre les serviteurs peu pressés de rassembler et d’enclore les animaux, ou contre les acheteurs qui lésinent sur le prix ou qui s’éloignent, insultes plus fortes contre les gens prévoyants qui ont amené l’agneau de chez eux.

Autour des comptoirs de change, autre vacarme. Je ne sais si c’est toujours ainsi ou seulement à l’occasion de la Pâque ; on se rend compte que le Temple fonctionnait comme… la Bourse ou le marché noir. La valeur des monnaies n’était pas fixée. Il y avait le cours légal qui était certainement déterminé, mais les changeurs en imposaient un autre, en s’appropriant un pourcentage arbitraire pour le change. Et je vous assure qu’ils s’y entendaient à étrangler les clients … ! Plus un client était pauvre, plus il venait de loin, plus on le volait : les vieux plus que les jeunes, ceux qui arrivaient d’au-delà de la Palestine plus que les vieux.

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359 De pauvres petits vieux regardaient et regardaient encore leur pécule mis de côté, avec combien de peine, tout le long de l’année, le sortaient et le rentraient cent fois en tournant autour des changeurs et finissaient enfin par revenir au premier qui se vengeait de leur éloignement temporaire en augmentant l’agio du change… Les grosses pièces quittaient alors avec force soupirs les mains de leur propriétaire pour passer dans les griffes de l’usurier en échange de pièces de monnaie plus légères. Et au moment du choix, nouvelle tragédie de comptes et de soupirs devant les marchands d’agneaux qui refilaient aux petits vieux, à moitié aveugles, les agneaux les plus chétifs.

53.2 — Différences entre classes sociales.

Je vois revenir deux petits vieux, lui et elle, qui poussent un frêle agnelet que les sacrificateurs ont dû trouver défectueux. Pleurs, supplications, impolitesses, grossièretés se croisent sans que le vendeur s’en émeuve.

"Pour ce que vous voulez payer, Galiléens, ce que je vous ai donné est déjà trop beau ! Allez-vous-en ! Ou ajoutez cinq autres deniers pour en avoir un plus beau !

– Au nom de Dieu ! Nous sommes pauvres et vieux ! Veux-tu nous empêcher de faire la Pâque, la dernière, peut-être ? Est-ce que ce que tu nous as pris ne suffit pas pour une petite bête ?

– Faites place, crasseux que vous êtes ! Voici que vient à moi Joseph l'Ancien. Il m’honore de sa préférence. Dieu soit avec toi ! Viens, choisis !"

Celui qu’on appelle Joseph l’Ancien ou Joseph d’Arimathie entre dans l’enclos et prend un magnifique agneau. Il passe avec un riche habit, tout fier, sans un coup œil pour les pauvres qui gémissent à la porte et même à l’entrée de l’enclos. Il les bouscule, pour ainsi dire, en sortant avec l’agneau gras qui bêle.

53.3 — Jésus prend le parti de deux petits vieux exploités.

Mais Jésus également s’est approché. Il a lui aussi fait son achat et Pierre, qui a probablement négocié à sa place, tire derrière lui un agneau convenable.

Pierre voudrait aller tout de suite vers le lieu du sacrifice. Mais Jésus tourne à droite vers les deux petits vieux effarés, en larmes, indécis, que la foule bouscule et que le vendeur insulte.

Jésus, si grand que la tête des deux vieux lui arrive à la hauteur du cœur pose une main sur l’épaule de la femme et demande :

"Pourquoi pleures-tu, femme ? "

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360 La petite vieille se retourne et voit cet homme grand et jeune, solennel dans son bel habit blanc et son manteau couleur de neige tout neuf et propre. Elle doit le prendre pour un docteur à cause de son habit et de son aspect et, stupéfaite, car les docteurs et les prêtres ne font aucun cas des gens et ne protègent pas les pauvres contre la rapacité des marchands, elle dit les raisons de leur chagrin.

Jésus s’adresse à l’homme aux agneaux :

"Change cet agneau à ces fidèles. Il n’est pas digne de l’autel comme il n’est pas digne que tu profites de deux pauvres vieux parce qu’ils sont faibles et sans défense.

– Et toi, qui es-tu ?

– Un juste.

– Ton accent et celui de tes compagnons indique que tu es galiléen. Peut-il donc y avoir un juste en Galilée ?

– Fais ce que je te dis et sois juste, toi.

– Écoutez cela ! Écoutez le Galiléen défenseur de ses pairs ! Il veut nous faire la leçon, à nous qui sommes du Temple !"

L’homme rit et se moque en contrefaisant l’accent galiléen, qui est plus chantant et plus doux que celui de Judée, du moins à ce qu’il me semble.

Des gens font cercle et d’autres marchands et changeurs prennent la défense de leur complice contre Jésus.

Au nombre des assistants se trouvent deux ou trois rabbins ironiques. L’un d’eux demande :

"Es-tu docteur ?" sur un ton qui ferait perdre patience à Job.

"Tu l’as dit.

– Qu’enseignes-tu ?

– Voici ce que j’enseigne : que la Maison de Dieu doit redevenir une maison de prière4 et non pas une place d’usuriers et de marchands. Voilà mon enseignement5"

53.4 — En colère, il chasse changeurs et vendeurs.

Jésus est terrible. On dirait l’archange posté au seuil du paradis perdu. Il ne tient pas d’épée flamboyante, mais ses yeux rayonnent de lumière et foudroient les moqueurs et les sacrilèges. Il n’a rien à la main, rien d’autre que sa sainte colère. Marchant d’un pas rapide et imposant au milieu des comptoirs, il éparpille les pièces de monnaie méticuleusement rangées selon leur valeur, renverse tables petites et grandes, de sorte que tout tombe avec fracas sur le sol au milieu d’un grand bruit de métaux qui rebondissent et de bois bousculés, avec cris de colère, d’effarement ou d’approbations.

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361 Puis il arrache des mains des gardiens de bestiaux des cordages qui attachaient bœufs, brebis et agneaux et en fait un martinet très dur dont les nœuds coulants assemblent les lanières. Il le lève, le fait tournoyer et l’abaisse sans pitié. Oui, je vous l’assure, sans pitié.

Cette grêle imprévue s’abat sur les têtes et les dos. Les fidèles s’esquivent, admirant la scène. Les coupables, poursuivis jusqu’en dehors de l’enceinte, se sauvent à toutes jambes, laissant par terre l’argent et derrière eux les bêtes de toutes tailles, dans une grande confusion de pattes, de cornes et d’ailes. Les unes courent, les autres s’échappent en volant. Mugissements, bêlements, roucoulements de colombes et de tourterelles unis aux rires et aux cris des fidèles derrière les usuriers en fuite, couvrent jusqu’au lamentable chœur des animaux qu’on égorge certainement dans une autre cour.

53.5 — Qui es-tu ? - De l'école de Dieu.

Des prêtres accourent, accompagnés de rabbins et de pharisiens.

Jésus est encore au milieu de la cour, revenant de sa poursuite. Il a encore en main le martinet.

"Qui es-tu ? Comment te permets-tu de faire cela et de troubler les cérémonies prescrites ? De quelle école proviens-tu ? Nous ne te connaissons pas. Nous ne savons pas qui tu es.

– Je suis Celui qui peut. Je peux tout. Détruisez ce Temple vrai, et je le relèverai pour rendre gloire à Dieu6. Je ne trouble pas, moi, la sainteté de la Maison de Dieu ni les cérémonies. C’est vous qui la troublez en permettant que les usuriers et les marchands s’installent dans sa demeure. Mon école, c’est l’école de Dieu, la même école qui fut celle de tout Israël, par la bouche de l’Eternel parlant à Moïse. Vous ne me connaissez pas ? Vous me connaîtrez. Vous ne savez pas d’où je viens ? Vous le saurez."

53.6 — Discours : La justice à l'égard des pauvres.

Se tournant alors vers le peuple sans plus s’occuper des prêtres, dominant l’entourage par sa taille, revêtu de son habit blanc, le manteau ouvert et flottant derrière ses épaules, les bras étendus comme un orateur au moment le plus pathétique de son discours, il parle :

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362 "Écoutez, hommes d’Israël ! Dans le Deutéronome, il est dit : “Tu établiras des juges et des scribes en chacune des villes… Ils jugeront le peuple avec justice7. Tu ne feras pas dévier le droit, tu n’auras pas égard aux personnes. Tu n’accepteras pas de présents, car le présent aveugle les yeux des sages et ruine les causes des justes8. C’est la stricte justice que tu rechercheras, afin de vivre et de posséder le pays que Yahvé ton Dieu te donne9.”

Écoutez, hommes d’Israël ! Dans le Deutéronome il est dit : “Les prêtres lévites, toute la tribu de Lévi n’auront point de part ni d’héritage avec Israël : ils vivront des mets offerts à Yahvé et de son patrimoine10; cette tribu n’aura pas d’héritage au milieu de ses frères : c’est Yahvé qui sera son héritage11.”

Écoutez, hommes d’Israël ! Dans le Deutéronome il est dit : “Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, qu’il s’agisse de prêt d’argent ou de vivres, ou de quoi que ce soit dont on exige intérêt12. À l’étranger tu pourras prêter à intérêt, mais tu prêteras sans intérêt à ton frère13.”

Voilà ce qu’a dit le Seigneur.

Vous voyez maintenant que c’est sans justice à l’égard du pauvre que les juges siègent en Israël. On ne penche pas en faveur du juste, mais de celui qui est fort. Être pauvre, appartenir au petit peuple, cela veut dire subir l’oppression. Comment le peuple peut-il dire : “Celui qui nous juge est juste”, s’il voit que seuls les puissants sont respectés et écoutés, alors que le pauvre ne trouve personne qui veuille l’entendre ? Comment le peuple peut-il respecter le Seigneur s’il voit que ceux qui en ont plus que d’autres le devoir ne le respectent pas ? Est-ce respecter le Seigneur que de violer son commandement ? Et pourquoi, en Israël, les prêtres ont-ils des propriétés et reçoivent-ils des cadeaux de la part des publicains et des pécheurs, qui agissent ainsi pour avoir la bienveillance des prêtres, de même que ceux-ci les acceptent pour avoir un coffret bien garni ?

C’est Dieu qui est l’héritage de ses prêtres. Lui, le Père d’Israël, est plus Père pour eux qu’aucun autre père ne l’a jamais été, et il pourvoit à leur nourriture comme cela est juste. Mais pas plus. Il n’a promis aux serviteurs de son Sanctuaire ni richesses ni propriétés. Dans l’éternité, ils auront le Ciel pour récompenser leur justice, comme l’ont Moïse et Elie, Jacob et Abraham ; mais sur cette terre ils ne doivent posséder qu’un vêtement de lin et un diadème d’or incorruptible : pureté et charité. Le corps doit être le serviteur de l’âme, qui est le serviteur du Dieu vrai. Ce n’est pas le corps qui doit dominer l’âme et s’opposer à Dieu.

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363 On m’a demandé de quelle autorité je fais cela. Et eux, de quelle autorité profanent-ils le commandement de Dieu et permettent-ils, à l’ombre des murs sacrés, l’usure au détriment des frères d’Israël venus obéir au commandement de Dieu ? On m’a demandé de quelle école je viens et j’ai répondu : “De l’école de Dieu. ” Oui, Israël. Je viens te ramener à cette école sainte et immuable.

53.7 — Un nouveau Moïse.

Que celui qui veut connaître la lumière, la vérité, la vie, qui veut entendre la voix de Dieu parlant à son peuple, vienne à moi. Vous avez suivi Moïse à travers les déserts, hommes d’Israël. Suivez-moi, que je vous conduise, à travers un désert bien plus dépouillé, à la véritable Terre bienheureuse. A travers la mer qui s’ouvre au commandement de Dieu, c’est vers elle que je vous entraîne. En élevant mon Signe, je vous guéris de tout mal.

L'heure de la Grâce est venue. Les patriarches l’ont attendue, et ils sont morts en l’attendant. Les prophètes l’ont prédite, et ils sont morts avec cette espérance. Les justes l’ont vue en songe, et ils sont morts réconfortés par ce songe. Maintenant, elle est venue.

Venez. “Le Seigneur va juger son peuple et faire miséricorde à ceux qui le servent”, comme il l’a promis par la bouche de Moïse14."

Les gens qui font cercle autour de Jésus sont restés bouche bée à l’écouter. Puis, ils commentent l’enseignement du nouveau Rabbi et interrogent ses compagnons.

Jésus se dirige vers une autre cour séparée de celle-ci par un portique. Ses amis le suivent, et la vision prend fin.

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Fiche mise à jour le 03/03/2024.

Notes

  1. Selon le calendrier reconstitué, cette scène se passe le 14 Nissan, soit le jour de la Pâque juive. Ceci explique la foule des pèlerins et la présence de Jésus. Cette fête commémore la libération d’Israël de son esclavage en Egypte ( Exode 12,6-14 ). Dans trois ans, jour pour jour, le dimanche 7 avril 30, Jésus ressuscitera, manifestant ainsi notre libération de l’esclavage du péché. Ces éléments sont à prendre en compte dans l’attitude de Jésus, outre l’attitude des marchands envers le couple de vieux pèlerins.
  2. LES DÔMES DU TEMPLE : On a contesté que le Temple de Jérusalem comportait des dômes qui ne seraient apparus qu’avec l’architecture romaine et que Flavius Josèphe n’en parle pas. 1 – F. Josèphe ne décrit le Temple que vu du promeneur et ne parle pas de sa superstructure. D’autre part, la reconstitution faite à partir de son descriptif comporte bien au moins un dôme d’or. 2 – Comme le mentionne l’encyclopédie Imago mundi , la coupole est d’une origine orientale très ancienne. 3 – L’antique tombeau de Rachel en Judée, comporte une coupole.
  3. LES MARCHANDS DU TEMPLE : Le lieu où se situe les marchands du Temple se trouve précisé en EMV 364.5 puis en EMV 590.19 lorsque Jésus, au soir des Rameaux, chasse les marchands du Temple pour la deuxième fois ( Matthieu 21,12-13 | Marc 11,15-17 | Luc 19,45-46 ). Il se situe au nord-est du Temple, dans le parvis des Gentils (=non-juifs), près de la Porte des brebis qui, comme son nom l’indique, était l’accès par lequel entrait les animaux destinés au sacrifice. Selon Néhémie 3,31-32 , qui décrit les différents corps de métiers travaillant à la restauration du Temple, les marchands se trouvaient dans l’angle entre la porte des brebis et la porte dorée.
  4. Isaïe 56,7 .
  5. Zacharie 14,21 : "Quand ce temps arrivera, il n’y aura plus aucun marchand dans le temple du Seigneur de l’univers." Voir aussi Jérémie 7,11 .
  6. VERSET OMIS : Jésus ne reprend pas la remarque des juifs de Jean 2,20 sur les 46 ans nécessaires à la construction du Temple. Apparemment elle est absente des autres épisodes de l’EMV alors que le sens du vrai Temple, le corps de Jésus, est explicité, notamment en EMV 591.6 et EMV 596.38 . Peut-être s’agit-il d’une remarque entendue de Jean seul puisqu’il invoque les réminiscences des disciples pour cet épisode.
  7. Deutéronome 16,18 .
  8. Deutéronome 16,19 .
  9. Deutéronome 16,20 .
  10. Deutéronome 8,1 .
  11. Deutéronome 8,2 .
  12. Deutéronome 23,20 .
  13. Deutéronome 23,21.
  14. Deutéronome 32,36 .