EMV 616 · Tome 10
Le matin de la Résurrection. Prière de Marie. (Suite et fin).
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616.12 — Les lamentations : Jésus, reviens vite.
235"Jésus, Jésus ! Tu ne reviens pas encore ? Ta pauvre Maman ne résiste plus de te savoir là-bas, mort. Tu l’as dit et personne ne t’a compris. Mais moi, je t’ai compris ! "Détruisez le Temple de Dieu, et Moi, je le reconstruirai en trois jours". C’est le commencement du troisième jour. Oh ! mon Jésus ! N’attends pas qu’il soit accompli pour revenir à la vie, à ta Maman qui a besoin de te voir vivant pour ne pas mourir en te revoyant mort, qui a besoin de te voir beau, sain, triomphant, pour ne pas mourir en se souvenant de l’état où elle t’a laissé !
616.13 — Que je le revoie triomphant avant qu’Il ne retourne vers Toi.
Oh ! Père ! Père ! Rends-moi mon Fils ! Que je le voie redevenu Homme et non plus cadavre, Roi et non plus condamné. Ensuite, je le sais, il reviendra vers Toi, au Ciel. Mais je l’aurai vu guéri de tant de mal, je l’aurai vu fort après tant de langueur, je l’aurai vu triomphant après tant de lutte, je l’aurai vu Dieu après une humanité de telles souffrances pour les hommes et je me sentirai heureuse même en perdant son voisinage. Je le saurai avec Toi, Père Saint, je le saurai pour toujours hors de la Douleur. Maintenant, au contraire, je ne puis, je ne puis oublier qu’il est dans un tombeau, qu’il est là tué par tant de douleur qu’ils Lui ont faite, que Lui, mon Fils-Dieu, partage le sort des hommes dans l’obscurité d’un tombeau, Lui, ton Vivant.
Père, Père, écoute ta servante. À cause de ce "oui" … Je ne t’ai jamais rien demandé pour mon obéissance à tes volontés; c’était ta Volonté, et ta Volonté était la mienne; je ne devais rien exiger pour le sacrifice de la mienne à Toi, Père Saint. Mais maintenant, mais maintenant, pour ce "oui" que j’ai dit à l’Ange, ton messager, ô Père, écoute-moi !
Lui est hors des tortures car il a tout accompli par l’agonie de trois heures après les sévices du matin. Mais moi, je suis depuis trois jours dans cette agonie. Tu vois mon cœur, et Tu en entends les palpitations. Notre Jésus l’a dit qu’un oiseau ne perd pas une plume que Tu ne la voies, qu’il ne meurt pas une fleur dans le champ sans que Tu consoles son agonie par ton soleil et ta rosée.
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236Oh ! Père, je meurs de cette douleur ! Traite-moi comme le passereau que Tu revêts d’un nouveau plumage et la fleur que Tu réchauffes et désaltères dans ta pitié. Je meurs transie par la douleur. Je n’ai plus de sang dans les veines. Autrefois il est devenu tout lait pour nourrir ton Fils et le mien; maintenant il est devenu toutes larmes parce que je n’ai plus de Fils. Ils me l’ont tué, tué, Père, et Tu sais de quelle façon !
616.14 — Je défendrai sa Doctrine.
Je n’ai plus de sang ! Je l’ai répandu avec Lui dans la nuit de Jeudi, dans le Vendredi funeste. J’ai froid comme quelqu’un qui n’a plus de sang. Je n’ai plus de soleil, puisque Lui est mort, mon Soleil saint, mon Soleil béni, le Soleil né de mon sein pour la joie de sa Maman, pour le salut du monde. Je n’ai plus de rafraîchissement parce que je ne l’ai plus Lui, la plus douce des sources pour sa Maman qui buvait sa Parole, qui se désaltérait de sa présence. Je suis comme une fleur dans un sable desséché. Je meurs, je meurs, Père Saint. Et je ne suis pas effrayée de mourir puisque Lui aussi est mort. Mais comment feront ces petits, le petit troupeau de mon Fils, si faible, si craintif, si inconstant, s’il n’y a pas quelqu’un pour le soutenir ? Je ne suis rien, Père. Mais pour les désirs de mon Fils je suis comme une troupe d’hommes armés. Je défends, je défendrai sa Doctrine et son héritage comme une louve défend ses louveteaux. Moi, agnelle, je me ferai louve pour défendre ce qui appartient à mon Fils et par conséquent ce qui est à Toi.
616.15 — Je défendrai son Église.
Tu l’as vu, Père. Il y a huit jours cette ville a dépouillé ses oliviers, a dépouillé ses maisons, a dépouillé ses jardins, a dépouillé ses habitants et sa voix est devenue rauque à force de crier : "Hosanna au Fils de David; béni Celui qui vient au nom du Seigneur". Et pendant qu’il passait sur des tapis de branchages, de vêtements, d’étoffes, de fleurs, les habitants se le montraient en disant: "C’est Jésus, le Prophète de Nazareth de Galilée. C’est le Roi d’Israël". Et alors que n’étaient pas fanés ces branchages et que leurs voix étaient encore rauques de tant d’hosannas, ils ont changé leurs cris en accusations et en malédictions et en requêtes de mort, et des branches détachées pour le triomphe ils ont fait des matraques pour frapper ton Agneau qu’ils conduisaient à la mort.
S’ils en ont tant fait pendant que Lui était parmi eux et leur parlait, et leur souriait, et les regardait de cet œil qui fond le cœur et fait trembler jusqu’aux pierres s’il les regarde, et les bénissait et les instruisait, que feront-ils quand il sera retourné à Toi ?
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237Ses disciples, Tu l’as vu. Un l’a trahi, les autres se sont enfuis. Il a suffi qu’il fût frappé, pour qu’ils s’enfuient comme un vil troupeau et ils n’ont pas su l’entourer pendant qu’il mourait. Un seul, le plus jeune, est resté. Maintenant vient le plus âgé, mais il a déjà su le renier une fois. Quand Jésus ne sera plus ici à le garder, saura-t-il persister dans la Foi ?
616.16 — Père, Pitié ! Fils, divin Esprit, Pitié ! Pitié ! 616.
Je suis un rien, mais un peu de mon Fils est en moi, et mon amour comble ce qui me manque et l’annule. Je deviens ainsi quelque chose d’utile à la cause de ton Fils, à son Église qui ne trouvera jamais la paix et qui a besoin de pousser des racines profondes pour ne pas être arrachée par les vents. Je serai Celle qui la soigne. Comme une jardinière active, je veillerai pour qu’elle grandisse et pousse droite et forte en son matin. Ensuite je ne me soucierai pas de mourir. Mais je ne puis vivre si je reste plus longtemps sans Jésus.
Oh ! Père qui as abandonné le Fils pour le bien des hommes mais l’as ensuite réconforté, car il est certain que tu l’as accueilli dans ton sein après sa mort, ne me laisse pas plus longtemps à l’abandon. Je le souffre et l’offre pour le bien des hommes. Mais réconforte-moi, maintenant, Père. Père, pitié ! Pitié, mon Fils ! Pitié, divin Esprit ! Souviens-Toi de ta Vierge !"
Le dimanche 1er avril 1945
(Pâques).
616.17
Ensuite, prostrée à terre, Marie paraît prier par son geste en plus qu’avec son cœur. C’est vraiment une pauvre chose abattue. Elle semble cette fleur morte de soif dont elle a parlé. Elle ne remarque même pas la secousse d’un bref mais violent tremblement de terre qui fait crier et fuir le maître et la maîtresse de la maison pendant que Pierre et Jean, pâles comme des morts, se traînent jusqu’au seuil de la pièce. Mais la voyant ainsi absorbée dans sa prière, loin de tout ce qui n’est pas Dieu, ils se retirent en fermant la porte et reviennent effrayés au Cénacle.
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Fiche mise à jour le 20/04/2019.
Notes
- C’est la voix de Marie de Magdala.